Le beau monde de Laure Mi Hyun Croset

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Cela fait des mois que Louise Jeanneret prépare son mariage avec Charles-Constant de Cotton de Puy-Montbrun. Le choix du traiteur, de la salle, le plan de table, de la musique, et de la robe, il faut absolument que tout soit parfait car le moindre détail a son importance ! Mais finalement, munie de sa petite valise à roulettes, elle décide de prendre la poudre d’escampette et de laisser en plan son fiancé devant l’autel.

Était-ce la tension des préparatifs qui était trop lourde à supporter pour elle ? A-t-elle simplement eu peur de perdre sa liberté ? Peut-être simplement que c’est dû à ses origines modestes ? Elle, l’enfant trouvée qui épouse un homme de la haute-bourgeoisie française a-t-elle craint de ne pas être à la hauteur de ses noces ?

Pour ne pas perdre la face, devant les 500 convives et aussi pour ne pas gaspiller l’argent de l’organisation de cette somptueuse noce, les parents du marié décident de maintenir l’apéritif et même le repas. Quitte à prendre le risque que les gens plus modestes se mélangent avec les nantis !

Et aux grès des conversations les langues se délient, et une question demeure dans les esprits des convives : Au fond, qui est Louise ?
Une fille d’origine populaire qui a fait toute seule son éducation ou une monstrueuse arriviste ?
Une femme passionnée ou une femme complètement cinglée ?
Une amie fidèle ou une manipulatrice ?
Une amoureuse sincère ou une vulgaire opportuniste ?

Laure Mi Hyun Croset, nous offre un magistral roman ! Plus qu’un roman, c’est presque une étude sociologique du comportement des différentes couches sociales en société qu’elle retranscrit avec son écriture si délicate et fine.  Un pur délice.

Laure Mi Hyun Croset – Le beau monde – Éditions Albin Michel

 

Chimamanda Ngozi Adichie – Nous sommes tous des féministes

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«Tu crois à l’égalité pleine et entière entre les hommes et les femmes ou tu n’y crois pas. » Pas de demi-mesure, pas de « féminisme light » pour l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, qui avait déjà proclamé « we should all be feminist » (traduit avec optimisme par Nous sommes tous des féministes chez Gallimard)  dans un manifeste paru il y a deux ans. Avec Chère Ijeawele, elle joue le pragmatisme : cette lettre remaniée en court livre répond à la sollicitation d’une amie qui lui demandait comment donner une éducation féministe à sa petite fille. L’auteur de Americanah, forte de ses expériences de babysitter, de tante, et surtout d’une réflexion mûrie sur le thème, de notes en conférences, s’est sentie prête à lui écrire « une lettre qu’elle souhaitait sincère et pragmatique », confie-t-elle dans la préface. Où, en passant, elle annonce être devenue elle-même la mère d’une « délicieuse petite fille ».

En quinze suggestions, l’écrivaine invite chacune, dès le berceau, à saisir la chance d’être une femme. Et à la cultiver. Si elle s’adresse à une compatriote, on sent que l’auteure tient compte de la culture igbo, d’où elle est issue, sans pour autant s’y enfermer.

1. Sur la maternité

Sois une personne à part entière, écrit-elle, en ne te définissant jamais uniquement comme une mère. Parce que non, la maternité n’exclut pas le travail, et vice-versa. Ne l’oublie pas. Au passage, n’oublie pas non plus de prendre du temps pour toi.

2. Sur la paternité

Si materner est un verbe, paterner l’est tout autant. Qu’on se le dise.

3. Sur les rôles traditionnels

Gare aux expressions lourdes de sens comme « parce que tu es une fille », dit-elle. Apprends à ton enfant à être autosuffisante, débrouillarde, autonome. « Achète-lui des blocs et des trains. Et des poupées, si tu y tiens. »

4. Sur le féminisme « lite »

Rejette l’idée d’être féministe à temps partiel, selon certaines conditions. On est pour l’égalité ou pas.

5. Sur les livres

Fais lire ta fille. Pas seulement des livres scolaires. Des livres pour comprendre et refaire le monde. Des biographies, des romans, des livres d’histoire, aussi.

6. Sur les mots

Apprends à ta fille à s’interroger sur la langue, souvent pleine de préjugés, croyances et stéréotypes. Une amie refuse d’appeler sa fille sa « princesse », parce que l’expression est trop chargée symboliquement. Elle préfère : mon ange ou mon étoile.

7. Sur le mariage

Ne présente plus le mariage comme un but à atteindre. On n’élève pas un garçon en rêvant à son mariage. Alors pourquoi une fille ?

8. Sur l’amabilité

N’élève pas ta fille en lui disant qu’elle doit être aimée ou aimable, mais plutôt honnête, franche et fidèle à elle-même. Éduque-la à être bonne et brave, et surtout à dire tout haut ce qu’elle pense. Même si ça dérange.

9. Sur son identité

Raconte-lui son histoire, son passé, ses ancêtres, pour qu’elle soit fière de qui elle est et d’où elle vient.

10. Sur l’apparence

Parle-lui-en volontairement. Si elle aime se maquiller, qu’elle se maquille. La mode ? Qu’elle s’habille. Élever une féministe, ce n’est pas rejeter sa féminité. N’associe jamais apparence et moralité, mais pense toujours à lui présenter des modèles variés, pluriels et alternatifs.

11. Sur la biologie

Enseigne-lui à remettre en question les explications soi-disant « biologiques » pour expliquer les normes sociales. On justifie trop souvent les privilèges accordés aux hommes en prétextant leur supériorité physique.

12. Sur la sexualité

Aborde la question tôt. Dis-lui que son corps lui appartient. Qu’elle ne devrait jamais consentir à quelque chose qui ne lui convient pas. N’associe jamais sexualité et honte, ni nudité ou biologie féminine et honte. À ce sujet : pourquoi les femmes ont-elles encore honte de leurs menstruations ?

13. Sur l’amour

Tiens-toi au courant de ses amours. Donne-lui les mots pour en parler. Enseigne-lui qu’en amour on donne, mais qu’on doit recevoir, aussi.

14. Sur l’oppression

Ne fais pas des femmes victimes d’oppression des saintes. Les femmes ne sont pas moralement supérieures aux hommes. Il y a des femmes misogynes, et il y a aussi des hommes qui ne le sont pas.

15. Sur la différence

Parle-lui-en. Montre-lui que la différence est normale. Ordinaire. Qu’elle fait partie du monde. C’est une leçon qui lui servira pour la vie.

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Chimamanda Ngozi Adichie – Nous sommes tous des féministes – Éditions Gallimard